Selon certains, on trouve dans les médias établis les seuls véritables journalistes. Les médias sociaux ne rassembleraient que des influenceurs, des blogueurs, des insulteurs ou des concocteurs de complots. Mais les choses sont-elles aussi simples?
Ce sont les réseaux sociaux qui ont permis de voir le génocide de Gaza en direct, sur une base continue et qui le font encore de manière ininterrompue. Pendant ce temps-là, les médias établis se refusent toujours d’appeler un chat « un chat ». Le mot « génocide » ne doit pas être employé? Même pas par les chroniqueurs et éditorialistes? Alors que les ONGs, les autorités de l’ONU et tous les experts mondiaux reconnaissent l’existence du génocide, le Canada poursuit son aide à Israël sans avoir à rendre des comptes. Les médias ont la tête ailleurs. On fait donc l’impasse sur le génocide qui se poursuit, sur la destruction du Liban et sur ce qui se passe dans les prisons israéliennes.
Concernant la guerre en Ukraine, en revanche, les médias officiels n’y vont pas de main morte. Ils ont soudainement le « courage » de dire tout haut une opinion qui est, comme par hasard, en accord parfait avec les autorités politiques occidentales.
Sur le site de Radio-Canada (…volodymyr-zelensky-calgary-carney), on pouvait lire :
« Il s’agit de la première visite de M. Zelensky au Canada cette année. Il s’était rendu à Halifax en décembre dans le cadre des efforts visant à mettre fin à la guerre déclenchée en 2014 par la Russie.»
En plus de passer sous silence le fait que Zelensky continue de célébrer les héros nazis de la 2e guerre mondiale, Radio-Canada affirme que la Russie a déclenché la guerre à l’Ukraine en 2014!
On n’a jamais lu, entendu ou vu à Radio-Canada les déclarations d’Adam Schiff, Lloyd Austin, Lindsay Graham, Leon Panetta, Hillary Clinton, Oliver North, Keith Kellog, Mitt Romney et Bill Kristol qui ne laissaient pourtant planer aucun doute au sujet de l’intention américaine de se servir de l’Ukraine pour affaiblir la Russie? Même Marco Rubio a admis en 2025 que les États-Unis avaient mené une guerre par procuration contre la Russie.
L’élargissement de l’OTAN encerclant la Russie, les 5 milliards investis en Ukraine depuis 1991, les rencontres répétées avec les chefs de l’opposition, l’aide apportée à la révolte de Maïdan en 2014 et l’ingérence dans la composition des membres du gouvernement ont favorisé la mainmise de la minorité néonazie sur les affaires de L’État ukrainien. Radio-Canada ne sait rien de tout cela?
On ne sait donc pas à Radio-Canada que le groupe néonazi Secteur droit a détourné la révolte populaire pacifiste pour réaliser violemment le coup d’État? On ne sait pas que les membres du parti néonazi Svoboda, entrés au gouvernement, sont en grande partie responsables de l’abrogation de la loi qui protégeait les droits linguistiques de la minorité russophone? On ne sait pas que c’est le groupe néonazi Azov qui a amorcé la guerre civile pour mater la révolte de la minorité russophone qui protestait contre cette abrogation?
Une autre fois, c’était Fabien Deglise dans le Devoir. Le journaliste écrit :
« L’empire de Vladimir Poutine est entré dans une guerre hybride contre l’Allemagne depuis des années afin de réduire l’influence géopolitique de Berlin au sein de l’Union européenne et d’affaiblir l’UE par la même occasion. Le dictateur voit le pays et l’institution politico-économique européenne comme une menace existentielle à sa volonté de reconquête des territoires perdus de l’ex-URSS, dont l’Ukraine fait partie.»
Ce propos est proprement extraordinaire. Voyez plutôt.
La Russie vendait à rabais son pétrole et son gaz à l’Allemagne.
Cela nuisait-il vraiment aux allemands?
Gazprom avait financé avec l’Allemagne la construction de Nordstream II. Cela était-il au détriment du peuple allemand?
Le journaliste croit-il que la Russie serait responsable du sabotage de Nordstream?
Les chars allemands Leopard II tirent sur l’armée russe en Ukraine.
Les T-90 russes ne tirent pas sur l’armée allemande.
L’Allemagne a envahi l’URSS en juin 1941.
L’URSS s’est défendue et a été la principale responsable de la victoire contre le nazisme.
L’URSS a accepté la réunification de l’Allemagne en 1990 même si cette dernière a été responsable de la mort de 27 millions de Russes (civils et soldats) pendant la 2e guerre mondiale.
Les Allemands avaient promis (avec les États-Unis, la Grande Bretagne et la France) que l’OTAN ne s’étendrait pas à l’Est de l’Allemagne réunifiée, mais les autorités allemandes n’ont rien fait pour empêcher l’élargissement de l’Organisation par la suite.
L’Allemagne a plié aussi en 2008 devant la volonté de George W Bush d’inclure l’Ukraine dans l’OTAN.
L’Allemagne a laissé aller le coup d’État antidémocratique et anticonstitutionnel de Maïdan du 22 février 2014 alors que sous son parrainage, l’opposition et le président Viktor Ianoukovytch s’étaient entendus le 21 février pour qu’il y ait des élections présidentielles anticipées.
L’Allemagne a contribué à cacher la préparation de la guerre en parrainant les Accords de Minsk (2014-2015). En effet, de l’aveu de Merkel, Hollande et Porochenko, ces accords n’étaient qu’une façade pour préparer la guerre.
La vérité est que L’Allemagne porte en grande partie la responsabilité de la tragédie ukrainienne. Les propos de Merz sont irresponsables. La désinformation produite par le journaliste du Devoir est révoltante.
Là encore, si on se détache un peu de la position officielle et que, prenant son envol sur les médias sociaux, on s’élève au-dessus de la turbulence de l’acrimonie, des propos complotistes et des chambres d’échos, on peut accéder à des sites d’information qui nous donnent un peu plus l’heure juste.
On doit saluer ici les efforts des artistes pour la Paix (Pierre Jasmin) et du Collectif Échec à la guerre (Raymond Legault).
À l’échelle internationale, me concentrant surtout sur ceux qui sont intervenus spécifiquement concernant le conflit en Ukraine ou qui ont critiqué plus généralement l’impérialisme américain, on peut souligner la contribution de très nombreux intellectuels, experts, journalistes, anciens diplomates ou militaires qui ont fait l’impossible pour modifier le narratif officiel. On songe en particulier à Benjamin Abelow, Tarik Cyril Amar, Julian Assange, Andrew Bacevic, Krystal Ball, Eva Bartlett, Jacques Baud, Brian Becker, George Beebe, Medea Benjamin, Brian Berletic, Olivier Berruyer, Rachel Blevins, Anne-Laure Bonnel, William Burns, Judith Butler, Lee Camp, Michael Carley, Robert Charvin, Alex Christoforou, James Clayton, Stephen F. Cohen, Michel Collon, Clare Daly, Daniel Davis, Glenn Diesen, Gilbert Doctorow, Jimmy Dore, Irina Dubois, Saagar Enjeti, Pepe Escobar, Sylvain Ferreira, Chas Freeman, Caroline Galacteros, George Galloway, Richard Gizbert, Briahna Joy Gray, Glenn Greenwald, Gordon M. Hahn, Danny Haiphong, Jonathan Haslam, Seymour Hersh, Jackson Hinkle, Jacques Hogard, Scott Horton, Michael Hudson, Emily Jashinsky, Larry Johnson, Caitlin Johnstone, Ivan Katchanovski, George Kennan, Matt Kennard, John Kiriakou, Kit Klarenberg, Stanislav Krapivnik, Dennis J. Kucinich, Georges Kuzmanovic, Annie Lacroix-Riz, Aude Lancelin, Joe Lauria, Peter Lavelle, Patrick Lancaster, Patrick Lawrence, Pierre Lellouche, Gonzalo Lira, Igor Lopatonok, Pascal Lottaz, Douglas MacGregor, Simona Mangiante Papadopoulos, Andrei Martyanov, Aaron Maté, Jack Matlock, Ray McGovern, John Mearsheimer, Alexander Mercouris, Guy Mettan, Nicola Mirkovic, Xavier Moreau, Paul Moreira, Anne Morelli, Craig Murray, Andrew Napolitano, Christelle Néant, Garland Nixon, Ben Norton, Peter Oborne, Laurent Ozon, Benoit Paré, Michael Parenti, Héléna Perroud, Nicolai N Petro, Graham Phillips, John Pilger, Vijay Prashad, Hélène Richard, Scott Ritter, Jeffrey Sachs, Richard Sakwa, Jacques Sapir, Mary Elise Sarotte, Samir Saul, Mark Sleboda, Edward Snowden, Oliver Stone, Frédéric Taddéï, Emmanuel Todd, Mick Wallace, Lawrence Wilkinson, Richard D. Wolff, Yuliya Yurchenko et Carl Zha.
À ce niveau, on respire l’air tonique d’une information véritable à mille lieues d’un journalisme établi reproduisant la ligne officielle.
Dans mon livre (L’Ukraine, la Russie et les États-Unis, L’Harmattan, 2026), après avoir rendu hommage aux personnes mentionnées, j’ajoute un second hommage à un autre groupe intervenu surtout au sujet de Gaza:
« Une mention spéciale doit aussi être faite à l’égard de nombreux intellectuels, experts, journalistes, anciens diplomates ou militaires qui ont fait l’impossible pour modifier le narratif officiel au sujet du génocide de Gaza, parmi lesquels on peut mentionner Ali Abunimah, Francesca Albanese, Rachad Antonius, Manon Aubry, Nora Barrows-Friedman, Sophie Bessis, Max Blumenthal, Manuel Bompard, Pascal Boniface, Saïd Bouamama, Rony Brauman, Diana Buttu, Aymeric Caron, Monique Chemillier-Gendreau, Sophia Chikirou, Noam Chomsky, Jonathan Cook, Jeremy Corbyn, Alastair Crooke, Laurent Dauré, Éric Denécé, John Dugard, Yves Engler, Noura Erakat, Norman Finkelstein, Zachary Foster, Yipeng Ge, Richard Gizbert, Juan Gonzales, Amy Goodman, Alain Gresh, Ryan Grim, Clémence Guetté, Chris Gunness, Katie Halper, Dyala Hamzah, Mehdi Hasan, Rima Hassan, David Hearst, Chris Hedges, Owen Jones, Anna Kasparian, Rania Khalek, Rashid Khalidi, Naomi Klein, Dimitri Lascaris, Arnaud Le Gall, Anatol Lieven, Lowkey, Michael Lynk, Mohamed Marandi, Abby Martin, Gabor Maté, Richard Medhurst, Jean-Luc Mélenchon, Krishen Mehta, David Miller, Craig Mokhiber, Peter Oborne, Mathilde Panot, Ilan Pappé, Anya Parampil, Trita Parsi, Josh Paul, Miko Peled, Edwy Plenel, Mouin Rabbani, Yakov Rabkin, Shlomo Sand, Ash Sarkar, Jeremy Scahill, Raz Segal, Michèle Sibony, Rashida Tlaib, Cenk Uygur, Yanis Varoufakis, Michael Walker et Cornell West.»