Parlons de hockey

Tous les joueurs du Canadien sont sensibles à la passion des fans au Centre-Bell, mais les joueurs québécois vivent cette pression avec plus d’intensité encore, sachant plus que d’autres l’importance accordée à l’équipe par la population québécoise et le caractère sacré de la Sainte Flanelle. La population a en outre des attentes particulières à l’égard des joueurs québécois. Il n’est pas surprenant qu’un Jonathan Drouin ait pu craquer ayant été pendant longtemps le seul à subir cette pression additionnelle au sein de l’équipe. Comme seul Québécois sur la glace, c’était un fardeau très lourd à porter. En outre, d’avoir laissé partir Philip Danault était une erreur non seulement parce qu’on perdait un joueur de centre de qualité, mais aussi parce qu’on perdait un joueur québécois.

Le 21 janvier dernier au Centre Bell contre Toronto, en l’absence de Cole Caufield, le but égalisateur fut celui de Rafaël Harvey-Pinard, alors qu’Alex Belzile, David Savard et Samuel Montembeault étaient sur la glace. Il ne manquait qu’Anthony Richard. Les fans du Centre Bell étant les plus passionnés de la LNH, cela ne peut qu’inciter les joueurs québécois à tout donner, à tout laisser sur la glace, pour être à la hauteur des espoirs particuliers qui sont investis en eux. La présence accrue d’une masse critique de tels joueurs garantit donc une plus-value pour le Canadien. C’est un apport invisible que ne voient pas ceux qui ne comprennent pas l’histoire du Canadien.

L’importance de la présence d’un contingent important de joueurs québécois n’est pas non plus comprise par tous les chroniqueurs québécois. Récemment, François Gagnon a réagi à la suggestion de Mario Tremblay de conserver Anthony Richard dans l’alignement en rétorquant qu’« on ne doit pas retenir un joueur sous le prétexte qu’il parle français ». Plus récemment encore, alors que tous se réjouissaient de voir les familles des joueurs du Rocket de Laval débarquer au Centre Bell avec un enthousiasme contagieux pour voir leurs joueurs évoluer au sein du Canadien, Gagnon a cru bon de faire remarquer que cela vaut aussi pour les familles canadiennes ou américaines qui se présentent au Centre Bell. Ces remarques de rabat-joie prétendent s’appuyer sur une lucidité implacable, mais elles trahissent une ignorance manifeste de l’apport que représente la présence d’une masse critique de joueurs québécois. Bien entendu, l’intensité de l’investissement au jeu n’est pas l’apanage des seuls joueurs québécois et ces derniers peuvent parfois jouer sans enthousiasme. Cela n’enlève rien au constat que nous faisons. La présence d’une Quebec connection au sein de l’équipe est une valeur ajoutée. On a hâte de voir les François Gagnon de ce monde le reconnaître et l’accepter.