« Équité, Diversité et Inclusion » ?

Je suis woke. Je souscris à l’idéologie décoloniale, à la critical race theory, à BLM, à Idle no More, à la critique du patriarcat, à la critique de la culture du viol.

Je défends la liberté académique pour les profs, mais aussi pour les étudiant.e.s. Ils n’ont pas que la liberté d’apprendre. La classe universitaire n’est pas un safe space pour les étudiant.e.s, mais elle ne l’est pas non plus pour les profs.

Je me méfie cependant de l’instrumentalisation qui est faite des valeurs d’équité, de diversité et d’inclusion par les gouvernements, les entreprises et les universités dans les pays anglo-américains. Ils cherchent de cette manière à limiter la liberté académique. On veut cantonner les profs et les étudiant.e.s dans des domaines de spécialité qu’ils ne doivent pas quitter, sauf en tant que citoyens disposant de la liberté d’expression. L’instrument utilisé partout pour faire taire la liberté académique et plus largement les intellectuels est EDI: Équité, Diversité et Inclusion. Ces trois mots reviennent sans cesse sous la forme d’un mantra au sein des gouvernements, institutions universitaires et entreprises anglo-américaines depuis quelques années.

Selon ce point de vue, les profs et les étudiant.e.s ont le droit de développer un esprit critique à l’égard des institutions, y compris l’institution universitaire, mais seulement à partir de leur domaine d’expertise, ou alors seulement en tant que citoyen disposant de la liberté d’expression. Autrement dit, il n’appartient pas à l’université de former des intellectuel.le.s capables de sortir de leur domaine d’expertise.

Or, la liberté universitaire, c’est justement ça. On doit favoriser le développement de profs et étudiant.e.s capables de « se mêler de ce qui ne les regarde pas », pour reprendre l’expression de Jean-Paul Sartre qui définissait de cette façon le rôle des intellectuel.les. Cela ne relève pas que de leur liberté citoyenne. Cela engage leur responsabilité universitaire. Autrement dit, l’université DOIT être une pépinière d’intellectuels. La définition que les autorités universitaires font de la liberté académique va à l’encontre des recommandations 26 et 27 de l’UNESCO formulées en 1997.

Quand ils critiquent la direction de l’université, les profs et étudiant.e.s développent non seulement leur rôle d’intellectuels. Ils contribuent à une orientation universitaire véritablement collégiale. Après tout, les universités ne doivent pas être non plus des safe space pour les dirigeants de ces établissements

L’idéologie EDI est une chape de plomb qui instrumentalise l’idéologie woke pour   aseptiser l’institution: faire taire les idées dérangeantes, réprimander le militantisme et soumettre les profs et les étudiant-e-s à l’autorité des directions universitaires.