Donald Trump a quitté la Maison blanche en laissant derrière lui plus de trente milles mensonges, si on se fie au Washington Post. Ces chiffres sont extravagants, mais ils sont loin d’être la pire chose qu’il faut retenir de l’Agent Orange. Il faut ajouter à cela les nominations à la Cour suprême qui ont contribué à faire basculer celle-ci du côté des opposants au droit à l’avortement.
Je crois quand même que son legs fondamental est d’avoir traîné le parti républicain à l’extrême droite. Je songe ici à la violation des règles démocratiques et de l’État de droit. C’est en soi déjà assez toxique, mais l’un des effets les plus néfastes de ce glissement politique aura été d’attirer une certaine gauche libérale dans les bras d’un parti démocrate, et ce alors que, sur le plan géopolitique, il agit avec plus de belligérance encore et plus d’engouement néo-conservateur que le GOP. Joe Biden a fini par faire passer quelques projets de loi progressistes portant notamment sur des mesures de luttes au réchauffement climatique, mais il entraîne à sa suite le Squad et même Bernie Sanders dans une escalade guerrière russophobe et sinophobe qui prépare le pays au pire. Sur le plan de la politique internationale, la gauche n’est plus. Même si c’est un effet indirect du dérèglement généralisé créé par le passage de Donald Trump au pouvoir, c’est quand même l’un de ses pires accomplissements.
Le rêve dépassé de l’hyperpuissance étatsunienne
Le scénario que les Américains sont en train de mettre en place avec Taiwan éclaire celui qu’ils ont mis à exécution en Ukraine. La Déclaration de ce Cheval de Troie des USA qu’est l’OTAN, lors du Sommet de Madrid tenu le 29 juin 2022, montre à quel point est tenace le rêve américain d’un monde unipolaire et d’une hégémonie planétaire. On peut lire :
« Nous nous trouvons face à une compétition systémique de la part d’acteurs, parmi lesquels la République populaire de Chine, qui portent atteinte à nos intérêts, à notre sécurité et à nos valeurs, et qui cherchent à fragiliser l’ordre international fondé sur des règles. »
https://www.nato.int/cps/en/natohq/official_texts_196951.htm?selectedLocale=fr
Les « règles » en question sont celles que les Américains se plaisent à imposer ou celles qu’ils se croient eux-mêmes en droit de violer pour ne les appliquer qu’aux autres. La russophobie et la sinophobie délimitent les frontières où risque de se produire un « choc des civilisations » que les Américains cherchent à provoquer, voulant retarder autant que possible l’inéluctable transformation multipolaire du monde. Ces confrontations structurent plus que jamais la politique internationale du parti démocrate. La gauche politique américaine a non seulement renoncé à la critique du militarisme impérialiste américain, elle se laisse emporter par les ambitions funestes des va-t-en-guerre Biden, Blinken et Nuland.
Il n’y a pas que Trump à blâmer
Les manifestations contre la guerre du Vietnam ou contre l’invasion de l’Irak sont désormais choses du passé. Les États-Unis ont trouvé le moyen d’affaiblir leurs compétiteurs dans la course à la domination du monde tout en évitant de susciter la grogne ou la révolte populaire des citoyens américains. Ils mènent de plus en plus souvent des guerres à distance ou par drones interposés, mais surtout par procuration. Les Moudjahidines, les Kurdes, les Tchétchènes, les Ukrainiens et bientôt les Taïwanais servent de pions et de chairs à canon.
Ils évitent une implication directe et ils font mine d’assister en tant que spectateurs à des guerres impliquant des tiers, alors qu’en réalité, ils ont tout fait pour les provoquer. Les médias mainstream font le reste du travail pour convaincre l’Occident que l’« on ne peut rester les bras croisés » et qu’il faut intervenir.
De voir tant de gens dits de gauche tomber dans ce panneau est sidérant et effrayant.