Jean-François Lisée n’aime pas une publicité des HEC montrant une femme algérienne portant le foulard qui joint les rangs de cette institution. Il estime que le foulard est misogyne et qu’il faudrait plutôt montrer une algérienne ne portant pas le foulard. Mais dans ce débat, où se trouve exactement la posture misogyne?
Dania Suleman, diplômée en droit de l’UQAM, considère que l’attitude de M. Lisée, un homme qui ne donne qu’« une seule signification au voile », est « complètement patriarcale et infantilisante, comme s’il se met en position d’autorité par rapport aux femmes musulmanes ».
Madame Suleman a parfaitement raison. La position de Jean-François Lisée relève du patriarcat et pour plusieurs raisons. Il dit aux femmes ce qu’elles doivent faire. Il sait mieux qu’elles ce qui est bon pour elles. Il ne les croit pas capables de liberté rationnelle. Même si elles souhaitent sincèrement porter le foulard, il juge qu’elles sont aliénées et qu’elles se soumettent à une autorité patriarcale. Il se fait une idée parfaitement stéréotypée de la femme musulmane croyante.
Si des maris ou des imams font pression sur les femmes pour qu’elles portent le foulard, il faut s’en prendre aux maris ou aux imams, pas aux femmes. De tels rapports patriarcaux sont inadmissibles, mais on aurait pu espérer que le Québec soit un lieu où les femmes ont le droit de choisir. Au nom de leur liberté face à l’« obligation » de porter le foulard, Lisée veut leur imposer des obligations opposées.
Il suppose que les femmes qui portent le foulard le font par obligation, mais il n’a aucune preuve à cet effet. Il ne s’appuie sur aucune étude, il ne dispose d’aucune donnée, sauf celles qui reposent sur ses préjugés.
En l’absence d’obligation et de pressions exercées sur elles, que reste-t-il de l’argumentation de Jean-François Lisée? Pas grand-chose. Il reste le choix des femmes de gérer leur rapport à la pudeur comme elles l’entendent. Sur les enjeux éthiques et la façon de penser le rapport à leur corps, les femmes doivent avoir le fin mot. Les hommes n’ont qu’à se taire et à en prendre acte.
Il va falloir tôt ou tard que l’on cesse de se représenter l’islam à l’aune de notre rapport à l’église catholique. Il n’y a pas d’autorité institutionnelle au-delà de l’imam. Il va falloir que l’on accepte qu’une société peut et doit accepter l’existence d’une diversité au niveau des modes de vie éthique. Il ne faut pas forcer les minorités à se conformer aux mœurs de la majorité. Il faut savoir réaliser que la majorité peut favoriser une éthique de vie différente de celle de la minorité.
Il a beau vouloir se servir des femmes immigrantes qui pensent comme lui, cela ne lui donne pas le droit d’imposer ses vues aux femmes qui ne pensent pas comme lui. Certaines femmes ont comme éthique de vie de s’interdire d’avorter. D’autres ont comme éthique de vie de vouloir s’en prévaloir. Un État libéral devrait laisser aux femmes le droit de choisir. Il en va de même pour le foulard.
Lisée a toujours l’assurance d’avoir raison, et ce bien qu’il ait changé radicalement d’opinion sur le sujet en l’espace de quelques années seulement. Qu’à cela ne tienne, à chaque fois, il est toujours sûr de son fait. Imaginez l’impact d’une telle attitude auprès d’une population qui se rapporte à lui pour conforter ses préjugés. Il ne réalise pas les effets sur la population qui découlent de son attitude suffisante et arrogante.
Selon un sondage réalisé récemment, les femmes sont moins nombreuses que les hommes à appuyer la loi (59% contre 68%). Seules les femmes de 75 ans et plus sont plus nombreuses que les hommes à l’endosser. Pour ce qui est des femmes entre 21 et 44 ans, l’appui à la loi est inférieur à 50%.
Ainsi que l’écrivait Émilie Nicolas dans Le Devoir du 11 août 2022 (« Mythes et réalités de la loi 21 ») « Existe-t-il une seule autre politique publique dite « féministe » moins appuyée par les femmes que par les hommes ? Ou serait-ce que, dans ce cas-ci, les femmes savent moins bien discerner que les hommes ce qui est bon pour elles ? »