Julian Assange

La vérité ressort de temps en temps. Après Jeremy Corbyn et Lula da Silva, voici que le président du Mexique, Andrès Manuel Lopez Obrador, prend la parole pour se porter à la défense de Julian Assange. Pourquoi les médias mainstream font-ils cependant du cas Assange une affaire diverse qui ne mérite que des entrefilets?

La raison est simple. Il faut que se maintienne une géopolitique de pacotille opposant les Bons (USA) et les Méchants (Irak, Libye, Afghanistan, Syrie, Russie et Chine) ou, pour faire plus simple encore, le bon président des États-Unis contre les méchants Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, Oussama Ben Laden, Bachar El Assad, Vladimir Poutine et Xi Jinping. Or, Assange a eu l’audace, le culot et le malheur de montrer que nous n’étions pas si bons que ça. Voyons tout cela de plus près. Voyons tout cela de plus près.

Les guerres par procuration et les sanctions

La stratégie des États-Unis est désormais tout d’abord de mener surtout des guerres par procuration (proxy wars) en se servant des moudjahidines contre les Russes en Afghanistan, des Contras contre les Sandinistes au Nicaragua, d’Al Qaeda contre Bachar Al Assad en Syrie, et maintenant de l’Ukraine contre la Russie. C’est aussi déjà Hong Kong et Taiwan contre la Chine.

En plus des guerres menées par procuration, le pouvoir impérialiste américain impose un peu partout des sanctions : notamment à Cuba, au Venezuela, à l’Iran, au Liban, à la Russie et à la Chine, de même qu’à plusieurs autres pays. Selon la journaliste Abby Martin, les sanctions contre le Venezuela sont responsables de plus de 40 000 morts.

Le contrôle de l’information

En plus des guerres par procuration et des sanctions, il faut impérativement contrôler l’information. Il faut que le protagoniste américain de la guerre ou que les effets des sanctions qu’il impose partout dans le monde passent sous l’écran-radar, qu’il n’en soit jamais question dans les médias, que les méchants prennent toute la place et que la seule question nous concernant soit celle de savoir si nous avons le courage moral d’agir en fonction de nos valeurs pour combattre l’agresseur. Il est entendu que nous incarnons le Bien contre le Mal (nous sommes après tout des démocraties protégeant la liberté d’expression et la liberté de presse, n’est-ce pas?), mais nous risquons à tout moment de sombrer dans la déchéance si nous n’avons pas le courage d’intervenir pour nous porter à la défense du peuple agressé.

Pour que cette propagande fonctionne, il faut donc que les citoyens aperçoivent la paille dans l’oeil des Méchants et qu’ils ne voient pas la poutre qui se trouve malencontreusement logée dans l’oeil des Bons. Il faut, par exemple, que la guerre actuelle oppose la Russie et l’Ukraine (ou Poutine contre Zelensky) et que les Américains ne soient que des témoins innocents qui regardent ce qui arrive, en cachant leur responsabilité réelle qui est celle d’avoir tout fait pour provoquer la guerre, et de s’être servi des Ukrainiens pour affaiblir la Russie.. Vous comprendrez alors pourquoi il faut faire taire une fois pour toutes Julian Assange. Figurez-vous que ce dernier a eu le malheur de montrer que nous n’étions pas si bons que ça. Il a mis en évidence le fait que les États-Unis étaient un État voyou qui intervient partout à travers le monde, qui viole le droit à l’autodétermination des peuples et qui commet des crimes de guerre en engendrant le chaos partout où il passe.

L’emprisonnement et l’éventuelle extradition d’Assange sont donc essentiels pour les USA. Cela explique pourquoi ils n’hésitent pas à poursuivre en justice un citoyen australien sur la base d’une ancienne loi américaine datée de 1917. On comprend mieux pourquoi ils veulent l’accuser d’espionnage sans disposer d’aucune preuve, puisque Chelsea Manning a refusé de témoigner en ce sens. On saisit aussi pourquoi le procès s’est poursuivi même si les Américains ont violé systématiquement la règle de confidentialité requise entre l’accusé et ses avocats. On comprend mieux pourquoi ils ont contemplé l’idée de procéder à son assassinat. On voit la raison pour laquelle ils ont inventé avec la complicité de la Suède le mensonge éhonté d’accusations de viol sans même pouvoir profiter de chefs d’accusation ou de plaintes formulées en ce sens. On saisit mieux pourquoi la fausse accusation d’espionnage s’est maintenue malgré le faux témoignage d’un pédophile notoire qui a, par la suite, admis avoir menti. On voit pourquoi ils ont espionné chacun de ses gestes en installant des caméras dans l’ambassade de l’Équateur et pourquoi il a été confiné dans la cellule d’une prison à sécurité maximum à la prison de Belmarsh en Grande-Bretagne. On comprend mieux aussi pourquoi les Américains accusent de façon mensongère Assange de complicité avec la Russie et qu’ils n’hésitent pas à violer la liberté de presse, même ils vantent par ailleurs officiellement les mérites.

L’acharnement s’explique

Le but essentiel de cet acharnement contre Assange est de produire un effet refroidissant sur toute la classe journalistique occidentale. Avec l’appui d’anciens dirigeants de la CIA, du FBI ou de la NSA aux commandes de certains de ces grands médias (CNN et MSNBC), on s’assure de préserver ainsi le couvercle sur la marmite.

Si les médias mainstream relèguent l’affaire Assange à l’arrière-plan de l’actualité, c’est sans doute parce qu’ils sont sensibles aux dangers encourus lorsque l’on expose au grand jour les torts de l’administration américaine. Le silence complice des médias mainstream est en somme essentiel au maintien d’une géopolitique de pacotille simplificatrice qui nous donne le beau rôle.