La politique extérieure de Trump

Certains ont cru que Trump défendait vraiment le point de vue isolationniste de MAGA (Make America Great Again) et qu’il voulait effectivement mettre fin à la guerre. D’autres ont cru qu’il était aussi belligérant que ses prédécesseurs.

Qui a raison?

Peut-être un peu les deux. Il voulait peut-être arrêter la guerre d’Ukraine et celle de Gaza. Il voulait peut-être une division du travail : l’Europe s’occuperait désormais de la Russie et Israël de l’Iran, tandis que les États-Unis s’occuperaient de la Chine. C’est exactement ce que le secrétaire à la défense Pete Hegseth est allé dire aux Européens en février 2025.

Selon ce point de vue, le retrait de l’Ukraine et la fin de l’aide à Israël permettraient aux États-Unis de concentrer leurs efforts sur la Chine. Mais cela donne-y-il raison à ceux qui le voient comme un belligérant? Pivoter vers la Chine signifie quoi? Serait-ce pour entamer une nouvelle guerre froide ou pour provoquer une réelle confrontation militaire?

Selon l’idéologie MAGA, il faudrait en rester à une guerre froide. Selon Brian Berletic, Trump est comme tous les autres présidents et est prêt à engager une confrontation militaire avec la Chine.

Qui a raison?

Encore une fois, peut-être un peu les deux. Trump veut vraiment seulement conclure des deals. Mais il est comme un capitaine à la barre d’un navire contrôlant une roue qui tourne à vide. C’est le deep state qui sait ce qui doit être fait. On a pu convaincre Trump de continuer à financer Israël et l’Ukraine tout en adoptant la posture de l’arbitre, du médiateur. Cette posture respecterait l’esprit MAGA sans couper trop rapidement les ponts avec l’Ukraine et Israël. En tant que négociateur, Trump serait celui qui veut mettre fin à la guerre du point de vue de l’opinion publique.

En tant qu’intermédiaire, il démontrerait que ce ne sont pas ses guerres.

En même temps, on l’aurait peut-être aussi convaincu que pour arriver le plus rapidement possible à l’objectif qui est de conclure des deals sans belligérance, il fallait laisser la Russie terminer la sale besogne en50 jours: jusqu’à la capitulation de l’Ukraine et le changement de régime. Trump pourrait alors mettre en oeuvre l’entente sur les ressources naturelles et les terres rares avec l’Ukraine (comme l’entente conclue avec le Congo). Il faudrait aussi laisser faire Israël jusqu’à la conquête de Gaza et au déplacement de sa population. Il pourrait alors reprendre les négociations avec l’Arabie saoudite pour l’inclure dans les accords d’Abraham. Autrement dit, on lui aurait vendu l’idée que la poursuite des guerres était le chemin le plus court menant à l’isolationnisme (!).

Mais n’a-t-il pas manifesté de la belligérance lors de son premier mandat? Il s’est peut-être senti obligé de le faire pour s’affranchir du Russiagate et pour se soumettre à ses donateurs pro-israéliens.

Mais n’a-t-il pas pris le relais et larguer des bombes sur l’Iran? Il se peut à cet égard que l’attaque sur l’Iran et la riposte iranienne aient été des instances de « théâtre Kabuki ». Les deux auraient annoncé à l’avance à l’autre quelles allaient être les cibles visées, pour être en mesure d’annoncer ensuite un cessez le feu, sans que personne ne perde la face.

Même au coeur de son second mandat, ce n’est pas Trump qui a le fin mot sur la politique extérieure des États-Unis. Il est une caricature ambulante. Il est incompétent et incohérent. Il est extrêmement dangereux et jamais je n’aurais voté pour lui. Il n’a pas fini de faire des ravages et il faut toujours craindre le pire aussi longtemps qu’il sera aux commandes de l’État. Mais il est à la tête d’un Empire en déclin qui, indépendamment de lui, n’a pas fini de tout tenter pour s’imposer. C’était le cas avant lui et ce sera le cas aussi après lui.