René Girard en Ukraine grâce à l’IA

J’aime bien le recours à René Girard, j’ai toujours aimé le lire, mais j’aime moins le recours à l’IA appliquant les idées de Girard à l’Ukraine, car des erreurs peuvent quand même survenir. Mais dans la mesure où cela permet d’avancer, je ne dis pas non. Voici donc quelques éléments de réflexion.

COMMENTAIRE 1

1.- Désir d’hégémonie : La Russie et les États-Unis semblent pris dans un cycle mimétique où chacun désire une position stratégique dominante.

RÉPONSE : Le désir hégémonique est-il en soi problématique? C’est l’hégémonie imposée par la force qui est problématique, me semble-t-il. Quelle est la position stratégique dominante des deux? Les États-Unis veulent instaurer une position stratégique dominante partout aux frontières Est et Sud de la Russie. La Russie veut-elle faire de même aux frontières des États-Unis?

2.-  les bases américaines en Europe de l’Est et les systèmes antimissiles en Pologne et Roumanie sont perçus comme des provocations mimétiques par la Russie. Celle-ci réagit par des actions violentes pour défendre son territoire et son influence géopolitique. RÉPONSE : La Russie n’a pas réagi violemment suite à l’instauration de bases américaines en Europe de l’Est et de systèmes antimissiles en Pologne et Roumanie.

3.- Projection des intentions : L’interprétation des actions de l’autre (les systèmes défensifs perçus comme offensifs) 

RÉPONSE : ce n’est pas qu’une perception. En 24 heures, les systèmes défensifs peuvent être transformés en systèmes offensifs.

4.- la rivalité amplifie la méfiance mutuelle. Chaque camp voit dans l’autre un reflet de ses propres ambitions.

RÉPONSE : Quelle est l’ambition russe ici? Cette analyse renvoie les deux protagonistes dos à dos, mais ils ne s’opposent pas à distance égale, se disputant une zone d’influences éloignée de l’une et de l’autre. La zone d’influence faisant l’objet de dispute est située à la frontière de la Russie.

Il y aurait en outre une réflexion à faire au sujet de la notion de zone d’influences. L’Amérique latine est une zone d’influences pour les États-Unis, mais ç’en est une dans laquelle ils sont intervenus de façon violente : interventions directes, coups d’État, financement des Contras, etc. Y a-t-il un équivalent russe de ça? Oui, l’URSS faisait de l’Europe de l’Est une zone d’influence de ce genre. Mais la Russie? La saloperie à l’égard des Tchétchènes est survenue à l’intérieur de ses frontières. Mais la Géorgie, la Syrie et l’Ukraine? On peut montrer que les interventions violentes sont des réactions à des actions menées par l’OTAN (les États-Unis). Les États-Unis ont voulu faire de la Géorgie, de la Syrie (ils occupent même le tiers de ce pays!) et de l’Ukraine une zône d’influences américaine, tout comme sa sécurité nationale semble nécessiter aussi de contenir la Chine à l’autre bout du monde, d’où les navires de guerre situés en mer de Chine. La Russie demande peut-être à avoir sa propre zone d’influence, mais ç’en est une qui est dans une large mesure liée à sa sécurité et elle est fonction de l’interventionnisme américain. Les Russes veulent certes avoir des dirigeants qui leur sont favorables et ils cherchent influencer les votes dans les anciennes républiques. Mais on peut difficilement renvoyer les deux « puissances » dos à dos. La zone d’influences disputée est aux frontières de la Russie et la réaction violente de la Russie est en réaction aux actions menées par les États-Unis.

5.- Ukraine comme bouc émissaire : Dans ce conflit, l’Ukraine peut être vue comme un bouc émissaire, un tiers pris entre deux grandes puissances rivales. La Russie justifie son intervention en invoquant une menace existentielle, tandis que l’OTAN et les États-Unis prétendent défendre la démocratie et la souveraineté ukrainienne. L’Ukraine devient alors le lieu de projection des tensions mimétiques des deux camps.

RÉPONSE : Ici il y a plusieurs choses.

A) Un tiers pris entre deux puissances rivales. Cette expression laisse entendre que les deux puissances se disputent un même objet de convoitise. Dans ma précédente publication facebook, j’ai montré à quel point les États-Unis se servaient de l’Ukraine pour affaiblir la Russie. Je me suis servi de déclarations faites par des sénateurs et représentants (Schiff, Graham, Austin, Romney, etc.), républicains et démocrates. Mais j’aurais pu me servir du document de la Rand corporation (Extending Russia, 2019) qui montre en détail comment affaiblir la Russie. Y a-t-il des documents secrets qui montrent comment la Russie peut affaiblir les États-Unis? Est-ce que la Russie serait intervenue quand même sans l’intervention des États-Unis ? En l’absence de ceux-ci, qu’aurait-elle fait? Elle aurait peut-être cherché à influencer le vote, mais la présence d’une forte minorité russophone en Ukraine a influencé le vote en faveur d’un président que certains considèrent comme pro-russe (Viktor Ianoukovytch). Aurait-elle envahi l’Ukraine? Quelle preuve avons-nous à cet effet? N’est-ce pas un procès d’intention?

B) Défendre la souveraineté ukrainienne? Les Américains ont nommé le PM, la ministre de l’économie, le maire de Kiev, le gouverneur d’Odessa, le procureur général. Biden est allé une douzaine de fois en Ukraine, comme Nuland, Brennan (le directeur de la CIA !), McCain, Murphy, Graham. Ils ont formé l’armée et préparé à la guerre les Ukrainiens. Est-ce que la Russie fait de même à l’égard d’un pays limitrophe des États-Unis?

C) Défendre la démocratie ukrainienne? Les pays alliés des États-Unis sont l’Arabie saoudite, l’Égypte et Israël. Des démocraties? La démocratie s’est exprimée et a donné lieu en 2010 à l’élection de Ianoukovytch. Il a été chassé du pouvoir par la force alors que l’entente était de procéder à des élections en décembre 2014. La démocratie s’est aussi exprimée en 2019 quand la population de l’Ukraine a voté à plus de 70% en faveur du plan de paix annoncé et promis par Zelensky. Est-ce que les États-Unis se sont conformés à ce désir de la population ukrainienne?

D) La Russie justifie son intervention en invoquant une menace existentielle. Les États-Unis se sont retirés du traité sur les systèmes anti-missiles et ils en ont installé ensuite en Pologne et en Roumanie. Ils se sont retirés du traité sur les missiles à portée intermédiaire, alors allaient-ils en installer en Ukraine? Biden a tout d’abord promis que non, pour ensuite retirer sa promesse. Qu’est-ce que cela signifiait? Le chef du Kremlin, Poutine ou autre, allait devoir être aux aguets 24h sur 24h car un missile envoyé sur la Russie ne lui aurait donné que quelques minutes pour réagir et décider de la fin du monde. Cela équivalait à se faire placer un fusil sur la tempe. On se rapproche d’une menace existentielle.

6.- Violence réciproque : L’expression « la violence appelle la violence » dans le texte est directement en ligne avec Girard. Chaque action (bases militaires, systèmes antimissiles, retrait des traités) engendre une réaction violente, ce qui alimente une spirale sans fin. : RÉPONSE : Merci IA de m’associer à Girard! Je n’en demande pas tant. Les actions mentionnées cependant (bases militaires, systèmes antimissiles, retrait des traités) qu’IA invoque comme engendrant une réaction violente sont toutes le fait de l’OTAN, et non des actions venant des uns et des autres. Et qui plus est, il n’y a pas eu de réaction violente de la Russie suite à ces actions des États-Unis.

7.- Girard insiste sur le rôle des récits pour légitimer la violence. Dans ce texte, chaque camp construit une justification narrative : Narratif occidental : L’OTAN est présentée comme protectrice de la démocratie contre un régime oppressif et expansionniste.

Narratif russe : La Russie se positionne comme défendant sa sécurité nationale face à une agression occidentale. Ce narratif inclut des références explicites à l’hypocrisie américaine (Irak, Afghanistan, etc.). Ces récits cherchent à masquer la violence mimétique sous une façade de légitimité morale. Girard dirait que cela reflète un besoin universel de sacraliser la violence pour la rendre acceptable.

RÉPONSE : Ici, on voit poindre le danger que représente une analyse renvoyant les protagonistes dos à dos, permettant une distribution égale des torts. L’application automatique d’un schéma abstrait sur des cas concrets peut engendrer l’illusion que l’on est en présence de deux forces équivalentes et qu’il n’y a pas de rapport de domination entre l’un et l’autre. Ainsi, même si cela permet de jeter un doute sur la position occidentale, réduisant sa justification morale à un narratif en faveur de la démocratie (cela est debunké plus haut) et contre l’expansionnisme russe (un procès d’intention), qu’en est-il du « narratif » russe? Sa sécurité nationale? N’est-ce pas une revendication légitime? L’hypocrisie américaine en Irak et en Afghanistan? N’y a-t-il pas eu hypocrisie?

Je suis d’accord pour dire que l’on ne peut accorder de la légitimité morale à la violence et qu’on ne peut la rendre acceptable. Mais j’ajoute qu’on ne peut la condamner non plus, si elle a été provoquée. Pour sortir du cycle de la violence, il faut s’attaquer aux causes du conflit. L’analyse géopolitique que je propose dans mon livre, dans une série d’articles publiés dans Pressenza et dans ce que je publie sur FB est que l’impérialisme des États-Unis est en cause. L’idéal d’un monde unipolaire dans lequel les États-Unis domine le monde est en cause.

8.- Le texte illustre une crise sacrificielle dans laquelle les mécanismes traditionnels de résolution des conflits (traités, diplomatie) échouent. La montée des tensions nucléaires et la modification des doctrines (recours préventif à l’arme nucléaire) suggèrent une perte de contrôle qui, selon Girard, pourrait aboutir à une catastrophe sacrificielle globale si les rivalités mimétiques ne sont pas maîtrisées.

RÉPONSE : Oui, les États-Unis se sont retirés des traités en 2002 et en 2019, mas non la Russie. La Russie était favorable au programme de partenariat pour la paix de 2010. Elle a même demandé de faire partie de l’OTAN, mais Clinton a refusé. La Russie a proposé des accords portant sur la sécurité en Europe (a new security architecture in Europe ) en 2021 et cela a été refusé. La diplomatie a donné lieu à une entente entre l’Ukraine et la Russie en avril 2022, mais les États-Unis sont intervenus pour interrompre les négociations.

9.- Pour briser ce cycle, Girard aurait plaidé pour une reconnaissance du caractère mimétique du conflit et une désescalade consciente basée sur le pardon et la renonciation à la vengeance.

RÉPONSE : Pour sortir du cycle de la violence, il faut plus qu’une politique d’atonement.

Oui à une commission Vérité et réconciliation. Oui à des cérémonies symboliques, mais il faut s’attaquer à la racine géopolitique du problème. Autrement, les vœux de pardon et de renonciation à la vengeance, ne sont que des vœux pieux.

COMMENTAIRE 2

1.-Briser le cycle de la violence, comme René Girard le propose, implique de transformer la dynamique mimétique en une logique de réconciliation et de coopération.

Droit international Objectif : Renforcer les mécanismes juridiques pour désamorcer les rivalités.Rétablir et renforcer les traités sur les armes : Restaurer des accords comme le traité ABM ou INF avec des garanties de transparence et des mécanismes de vérification indépendants.

RÉPONSE : La Russie ne demande pas mieux. Ce n’est pas elle qui s’est retirée de l’ABM et de l’INF.

2.- Développer des règles internationales pour garantir la neutralité militaire de zones sensibles comme l’Ukraine ou les pays baltes.

RÉPONSE : Telle était et tel est toujours la demande de la Russie. Que l’Ukraine soit neutre et qu’elle ne fasse pas partie de l’OTAN. Pour le moment, il y a aussi des bases militaires américaines dans les pays baltes.

3.- Politique internationale Instaurer des zones de sécurité partagée : Déployer des forces internationales (sous l’égide de l’ONU) dans des régions sensibles pour garantir qu’aucune puissance n’y exerce une domination militaire.

RÉPONSE : Telle était l’esprit dans lequel s’inscrivait le document du diplomate Sergei Lavrov en 2021 portant sur une nouvelle architecture sécuritaire en Europe.

4.- Renforcer des formats comme les pourparlers de Minsk, mais avec une médiation neutre (ex. Suisse ou Vatican) pour éviter une polarisation des débats.

RÉPONSE : La Russie était favorable aux accords de Minsk. De l’aveu de Merkel, Hollande et Poroshenko, dans la perspective occidentale, ces accords ne servaient qu’à sauver du temps pour préparer la confrontation militaire.

5.- Créer des coalitions régionales de confiance : Favoriser des initiatives régionales d’intégration économique ou culturelle (ex. Union eurasiatique + Union européenne) pour transformer les intérêts mimétiques en partenariats.

RÉPONSE : La Russie s’intégrait économiquement à l’Europe en lui vendant son gaz et son pétrole à bon marché. Les Américains y ont toujours été opposés. Il y a un clip video de Condoleeza Rice à cet effet. Le document de la Rand dit que les USA pourrait chercher pour affaiblir la Russie à mettre fin à la vente de pétrole et de gaz russes en Europe. Nuland et Biden ont promis de mettre fin au projet Nordstream.

6. Éthique politique

Objectif : Introduire des normes morales pour contrer les logiques de pouvoir destructrices.

RÉPONSE : Tel qu’indiqué plus haut, pour que ces bons vœux puissent être plus que simplement pieux, il faut identifier la source du problème, remonter aux causes profondes.

7. Multilatéralité et organismes de régulation

Objectif : Réformer les institutions pour refléter un monde multipolaire et inclusif.

RÉPONSE : La Russie est favorable à la création d’un monde multipolaire et inclusif. C’est toute la raison d’être des BRICS. Les États-Unis sont-ils favorables à ce monde multipolaire. Biden a dit que seul les États-Unis pouvaient aspirer à gouverner le monde.

8.- Renforcer l’ONU et le Conseil de sécurité : Réduire le droit de veto des membres permanents en cas de crises internationales majeures pour éviter la paralysie décisionnelle.

RÉPONSE : Oui j’y suis favorable aussi, tout comme je suis favorable au renforcement de la Cour pénale internationale et à la cour internationale de justice. La Russie et les États-Unis ne sont pas liés par la CPI et c’est malheureux. Ils font usage de leur droit de veto au Conseil de sécurité. À mon avis, pour sortir de cette impasse, il faut que les États-Unis renoncent à vouloir gouverner le monde. Ce sont eux qui bloquent le cessez le feu, qui bloquent la reconnaissance internationale de l’État de Palestine et qui bloquent la solution à deux États. Ils ont aussi avec Israël été les deux seuls pays à voter contre la Convention sur la diversité des expressions culturelles, alors que 148 autres pays l’ont approuvée.

9.- Créer un « Groupe de Médiation Permanent » : Constituer une équipe internationale indépendante d’experts en gestion de crises (sociologues, anthropologues, économistes, etc.) pour intervenir dans les conflits émergents avant qu’ils ne dégénèrent.

RÉPONSE : Dans mon livre, je cite un ensemble d’experts qui ont conseillé les États-Unis pour leur dire de renoncer à élargir l’OTAN pour inclure l’Ukraine.

10 .- Établir un fonds mondial de reconstruction post-conflit : Sous l’égide du FMI ou de la Banque mondiale, ce fonds favoriserait une reprise équitable des régions dévastées, limitant ainsi les ressentiments.

RÉPONSE : Malheureusement, le FMI et la Banque mondiale ne sont pas perçus par le Sud global comme des institutions indépendantes.

11. Actions pour les sociétés civiles et la diplomatie culturelle

Objectif : Changer les mentalités à la base des rivalités mimétiques.

Organiser des échanges culturels et éducatifs : Des programmes universitaires ou artistiques pourraient rapprocher les populations de nations rivales, diminuant les perceptions hostiles.

RÉPONSE : Oui il faut lutter contre le Russiagate. Il faut critiquer la doctrine fausse du choc des civilisations. Il ne faut pas faire de la Russie, de l’IRAN et de la Chine des ennemis à abattre. Malheureusement, la russophobie, la sinophobie et l’islamophobie fonctionnent à plein régime.

Une même fermeture conservatrice existe en Russie à l’égard des mœurs dégénérées de l’Occident. Cela induit de l’homophobie, de la transphobie et du patriarcat.

12.- Favoriser des dialogues religieux et philosophiques : Des rencontres entre leaders religieux pourraient promouvoir un langage commun de paix et de pardon, inspiré par des valeurs transcendant les rivalités géopolitiques.

RÉPONSE : Oui il y a un clip révélateur des malentendus. Bernard Henri Lévy face à Alexandre Douguine.

13.- Impliquer les ONG dans la prévention des conflits : Les organisations non gouvernementales pourraient jouer un rôle d’observateurs impartiaux pour rapporter les violations ou apaiser les tensions.

RÉPONSE : Malgré les avertissements de Human Rights watch, Amnesty International, Betselem, l’UNRWA, la Croix rouge, et tant d’autre sorganismes, les États-Unis sont des complices génocidaires à Gaza.

14.- Vision long terme : Une éthique globale de la paix

Changer le paradigme de la sécurité nationale à celui de la sécurité commune :

Reconnaître l’interdépendance mondiale : Favoriser une prise de conscience que la sécurité d’un État dépend de la sécurité de tous.

RÉPONSE : C’était justement la position de la Russie face à l’inclusion de l’Ukraine dans l’OTAN. Un pays ne doit pas au nom de sa sécurité nier celle des autres. C’est un principe présent dans le traité d’Istanbul de 1999 signé par les membres de l’OSCE. En s’associant à une organisation militaire offensive antirusse commandée par les États-Unis, l’Ukraine violait ce principe. Le principe de la sécurité pour tous

15.- S’engager à désescalader en symétrie : Instaurer des mesures où chaque puissance s’engage à réduire unilatéralement ses capacités offensives avec des garanties réciproques. En appliquant ces mesures, les institutions et les individus pourraient graduellement désamorcer les cycles mimétiques de la violence décrits par René Girard, créant ainsi les conditions pour une paix durable.

RÉPONSE : Yes !