Même si je n’approuve pas, je comprends la réaction de « damage control » des deux co-porte-paroles de QS. Je comprends moins bien la réaction des autres (Masbourian, Buzzetti, Journet, Hébert, Hivon).
Ont-ils jamais fait une sortie contre le PM du Canada, la ministre des affaires internationales Mélanie Joly ou le PM du Québec pour dénoncer leur silence affiché à l’égard du génocide à Gaza? Pourquoi ce double discours? Pourquoi ces deux poids deux mesures? Ont-ils jamais employé l’expression dans leurs textes d’opinion? Se sont-ils vu interdire, comme au New York Times, de parler de génocide et de nettoyage ethnique?
Cela me fait penser à la police qui laissait aller (et laisse encore aller?) la mafia et les gangs criminels, tout en se montrant intolérante à l’égard des infractions mineures des citoyens ordinaires. Ce consensus journalistique mainstream qui tape à bras raccourci sur Haroun Bouazzi trahit une indigence sur le plan de la moralité publique que je considère affligeante.
En France, les nouvelles au sujet des dizaines de milliers d’enfants décapités, mourant sous les décombres, tués à bout portant, amputés et orphelins, ne se rendent pas jusque sur les plateaux de télévision. Dans les panels les plus récents, on s’est trouvé une autre occasion de transformer le narratif pour qu’il puisse permettre aux citoyens juifs de France de se draper à nouveau dans les habits de la victime. Il n’a été question que de «l’antisémitisme» à Amsterdam.
De la même manière ici, plus la position de l’Occident est abjecte et complice de génocide, et plus le silence des journalistes qui n’interrogent pas le PM au sujet des armes vendues à Israël devient lui-même insoutenable. La dénonciation des propos tenus par Bouazzi arrive à point nommé dans ce contexte. Il devient l’homme de paille tant recherché pour faire bonne figure et se redonner une dignité de façade.
La donnée fondamentale de notre époque est la réalité d’un génocide vécu en direct à Gaza. Or, le milieu journalistique mainstream, en entier ou presque, s’empêche d’employer le mot. Comment expliquer cette omerta? Quelle est cette étrange retenue face à l’inqualifiable? Les journalistes mainstream ressentent-ils un malaise? Un malaise que l’on pourrait neutraliser en épousant la première cause venue?
C’est sans doute la raison pour laquelle Masbourian s’en donne à coeur joie et se lance avec vigueur dans une sortie contre Haroun Bouazzi car cela lui permet de jouer aux vierges offensées et de faire comme s’il était un journaliste armé de principes. Buzzetti, quant à elle, joue la carte du racisme inversé. C’est Bouazzi qui diviserait le monde en fonction des personnes racisées en clouant au pilori la majorité blanche. Cette façon de se placer au-dessus de tout soupçon, un peu comme si la loi sur la laïcité du Québec était impeccable, est parfaitement détestable.