Ce qui parait évident et que tout le monde a accepté sans broncher dans un unanimisme à glacer le sang, c’est que Poutine serait un nouveau Hitler qui cherche à conquérir le territoire de l’Ukraine. Le territoire de la Russie ne serait pas encore assez grand pour les 150 millions de personnes qui vivent dedans. Poutine serait un chef sanguinaire assoiffé de sang qui considère nécessaire de reconquérir l’ancien territoire de l’Union soviétique par la force. L’État russe serait donc un État impérialiste car tous en conviennent sur les plateaux de télévision française.
Cette vision simpliste et caricaturale participe du choc des civilisations et exploite la russophobie ambiante. Tous ceux qui la remettent en doute sont des pro-Poutine. Il n’y a pas de place pour le doute. L’unanimisme doit demeurer intact.
Le doute est que cette vision des choses puisse faire l’impasse sur les mille gestes de provocation des USA qui ont conduit à l’intervention du 24 février 2022. On ferait notamment l’impasse sur le coup d’État de Maïdan coordonné par les Américains en 2014, sur l’omniprésence américaine dans le processus décisionnel du nouvel État et sur la formation et l’équipement de l’armée ukrainienne.
Autre facteur de doute: la Russie a peut-être été obligée d’intervenir après que toutes les tentatives de parvenir à une entente de sécurité eurent échoué. Le doute porte aussi sur le fait que la Russie voulait parvenir à une entente dès avril 2022 à Istanbul, tel que rapporté dans un document de 14 pages publié par Le Figaro, alors que la volonté de parvenir à une entente était totalement absente du côté américain. Le doute porte en somme sur la possibilité que les américains se soient servi du peuple ukrainien pour affaiblir la Russie.
Qui alors manifestait de l’empathie à l’égard du peuple ukrainien? Est-ce ceux qui favorisaient une intervention américaine directe conduisant à une escalade meurtrière dans laquelle le peuple ukrainien allait être sacrifié? Ou ceux qui dénonçaient l’interventionnisme américain parce qu’ils pressentaient le sacrifice du peuple ukrainien instrumentalisé pour affaiblir les Russes?
Pour entretenir ce doute, il n’est pas nécessaire d’élaborer une théorie du complot. On peut se contenter de jeter un coup d’oeil sur le document de la Rand Corporation qui énonçait en 2019 comment affaiblir le concurrent russe et comment cela risquait d’engendrer une escalade. Les suggestions de la Rand ont été appliquées à la lettre en sachant très bien que ces mesures allaient conduire à une escalade. Le doute est alors que peut-être les États-Unis ont voulu cette escalade. D’où le financement à coup de plusieurs centaines de milliards de dollars envoyés à l’autre bout de ce monde.
Ceux qui croient que tout cela est fait au nom de la démocratie et de la liberté sont d’une naïveté spectaculaire et déconcertante. L’ignorance géopolitique finit par avoir un prix. Elle permet ainsi de cautionner un autre ensemble de provocations en permettant à l’Ukraine de lancer des missiles américains en territoire russe, et ce, y compris sur des radars permettant de détecter les missiles nucléaires. Cette provocation passe bien entendu sous les écrans radars médiatiques occidentaux «libres», et ce bien que ce soit une information capitale et d’une gravité exceptionnelle. Biden qui fournit les bombes du génocide à Gaza cherche à provoquer Poutine comme Netanyahou cherche en ce moment à provoquer le Hezbollah.
Je ne prétends pas être en mesure d’ébranler le consensus occidental, aussi irrationnel soit-il. Mais nous sommes en Occident plusieurs centaines à être sortis de la caverne, loin très loin des écrans de télévision.