Féminisme (réflexions en amont du 6 décembre)

Tel que je le comprends, le féminisme ne se réduit pas au combat pour l’égalité et la parité entre hommes et femmes. Si tel était le cas, les politiques de reconnaissance de la différence ne seraient que des pis aller. On impose des quotas parce qu’on y est obligé, mais c’est une échelle dont on peut se débarrasser une fois que l’égalité ou la parité sont réalisées. Selon certains, une fois parvenu à ces finalités, on atteint un niveau où les principes sont color blind et où la reconnaissance de la différence n’est plus nécessaire.

Le féminisme va plus loin. Des stéréotypes associés aux genres féminin et masculin se sont historiquement installés depuis des millénaires. Ainsi, la retenue émotionnelle, la force physique et la virilité ont été associées au stéréotype masculin. L’expressivité émotionnelle, la résilience et l’empathie ont été associées au stéréotype féminin. Certes, les genres sont fluides et les gens de sexe masculin et féminin peuvent en principe plus ou moins exemplifier les stéréotypes associés aux deux genres mentionnés. Mais historiquement, des tendances lourdes se sont imposées et les personnes de sexe opposé ont plus souvent qu’autrement exemplifié les traits associés aux deux genres traditionnels.

Dans le secteur politique, les personnes qui ont semblé manifester des aptitudes à gouverner ont été celles qui ont démontré une très grande confiance en soi, qui ont su se faire entendre et qui ont démontré une force capable d’exercer un leadership. On a moins jugé important d’élire des personnes capables de douter, d’écouter et de travailler en équipe de façon transpartisane. Ce faisant, la vaste majorité des élus ont été des hommes et les professions associées au stéréotype masculin telles que le domaine des affaires (les chefs d’entreprise) et l’industrie de la construction (là où la construction va, l’économie va) ont été valorisées. Dans certaines sociétés, on a valorisé l’armée, qu’il s’agisse du service militaire étant obligatoire ou du président chef des armées (commander in chief). On a accordé moins d’importance aux professions associées aux stéréotype féminin axées sur le soin, l’empathie et la compassion (préposée aux malades, enseignantes, infirmières, monitrices dans les services de gardes).

Pendant la pandémie, on s’est rendu compte de l’importance des professions associées au soin et on a pu constater à quel point ces professions sous-payées étaient aussi exercées dans des conditions difficiles. C’est ici que la politique de la reconnaissance joue un rôle essentiel. Ce n’est pas seulement qu’une politique de quotas. Il faut certes des quotas, mais il faut plus. Il faut que l’empathie, la compassion et le soin soient intégrés à long terme dans notre façon de penser, dans le choix de nos représentants politiques et dans les professions qu’il faut valoriser.

Cela n’est pas qu’un pis-aller, une politique transitoire. Je ne crois pas à un humanisme débarrassé du féminisme. La politique de la reconnaissance de la différence, dans son aspect substantiel (tenant compte de l’empathie, de la compassion et du soin) est constitutive d’une théorie de la justice et est essentielle à toute entreprise aspirant à l’universel.