La tragédie de l’hôpital Al Ahli Arab

L’hôpital Al Ahli Arab a été bombardé un peu avant 19 heures lundi le 16 octobre à Gaza. On fait état de « 471 martyrs (…), 314 blessés, dont 28 dans un état critique », selon un communiqué émis à Gaza, cité par Al-Jazira.

Dans un reportage de Jean-Michel Leprince à Radio-Canada le 18 octobre, on offre une explication du bombardement de l’hôpital qui conforte la position israélienne. On montre Biden qui dit croire Netanyahu affirmant que le Jihad islamique serait responsable de ce qui est arrivé. Le cratère ne correspond pas à celui provoqué par les grosses bombes lancées par Israël. De plus, un enregistrement ferait état d’une conversation entre membres du Hamas prouvant la responsabilité du Jihad islamique. Le journaliste ne présente pas la version opposée, sauf pour montrer les populations arabes qui attribuent la responsabilité du désastre à Israël.   

Et pourtant, l’autre version des faits est bien plus plausible. Israël ne fait pas que lancer de grosses bombes, il lance aussi des bombes guidées laser de 250 kilos qui forment de plus petits cratères et qui ne sont pas détectés par la surveillance étatsunienne. La présumée conversation enregistrée a ensuite toutes les allures d’un faux. Dans une entrevue qu’il a accordée à Véronique Dubé à Noovo info, le 18 octobre, Rachad Antonius précise qu’« il y a une longue histoire de falsification dans des situations comme ça de la part d’Israël. J’ai des amis palestiniens qui connaissent les dialectes locaux. Et pour eux, ce n’est pas le dialecte que l’on emploie ».

Si les autorités israéliennes ont toujours assuré ne jamais prendre pour cible des infrastructures de santé, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avait pourtant déjà recensé lundi « 111 infrastructures médicales visées »« 12 cadres soignants tués et 60 ambulances visées ». L’Humanité, 19 octobre 2023.

Israël a en outre averti plusieurs hôpitaux de Gaza d’évacuer les lieux, y compris l’hôpital qui a été visé.

Enfin, mardi soir [17 octobre], Hananya Naftali, ancien membre de l’équipe de communication du premier ministre Netanyahou, parlait encore d’une frappe israélienne, qu’il justifiait par la nécessité de tuer des terroristes réfugiés dans l’hôpital. Il a finalement effacé son tweet, et en a publié un second dans laquelle il évoque une « erreur ».

Je veux bien croire qu’un doute persiste et qu’il y a deux versions. Je veux bien croire que l’info que je fais circuler ici ne remplace pas le travail indispensable des journalistes, y compris ceux des médias établis. Encore faut-il qu’ils rapportent tous les faits et non seulement ceux qui confortent la position des gouvernements canadien et américain. Et cela vaut pour l’Ukraine et non seulement pour le Moyen-Orient.

S’agissant de l’Ukraine, je ne connais pas un seul journaliste issu des médias établis qui ait fait entendre un son de cloche différent des positions officielles américaine et canadienne. En ce qui concerne ce qui se passe à Gaza, on parle d’une crise humanitaire un peu comme si celle-ci ne découlait pas de sa situation de prison à ciel ouvert, voire d’un camp de concentration. On parle d’une crise humanitaire comme si celle-ci ne découlait pas d’une sanction collective, du déplacement forcé de population, d’un nettoyage ethnique et d’actions israéliennes ayant un caractère génocidaire, pour employer l’expression utilisée par le rapporteur spécial de l’ONU à Gaza.

Alors je veux bien croire que les médias sociaux ne remplacent pas le travail des journalistes, mais le comportement de certains, en contexte de guerre, nous donne parfois l’impression qu’il faut traiter des informations importantes en se rapportant au moins en partie à des médias moins officiels, un peu comme si on vivait une prohibition de l’information, cette dernière étant malheureusement devenue une camelote que l’on se refile en contrebande.