Israël vs Palestine en 2023

Je suis trop bouleversé pour accorder une entrevue.

Bien sûr, il n’y a pas de mot pour exprimer l’horreur d’une tuerie faisant plusieurs centaines de morts de jeunes dans un rave israélien. Je crois que je préfèrerais être esclave plutôt que de tuer quelqu’un, mais il est vrai que je changerais peut-être « mon fusil d’épaule » si l’un de mes proches (ma femme, mon enfant) étaient tués suite à des gestes barbares. Mais là encore, je voudrais peut-être tuer les personnes responsables ou, sinon, les personnes agissant dans l’armée de l’oppresseur et non des jeunes adolescents innocents. Ce geste d’une horreur absolue dépasse l’imagination. Au-delà des émotions et de l’indignation que ce geste suscite, il y a le point de vue juridique. Je suppose que ce n’est plus qu’un crime de guerre. C’est un crime contre l’humanité.

Je constate en même temps que ce geste s’inscrit dans un cycle de violence et de vengeance continue. On tue, on se venge, on tue encore et on se venge encore. 

La question doit finir par être posée. Est-il possible de se sortir de ce cercle infernal qui n’est rien d’autre qu’une spirale dans l’abîme? L’insurrection armée des Gazaouis ouvre à nouveau une plaie béante qui afflige le Moyen-Orient depuis 75 ans. Pour ceux qui suivent la question depuis des années, cette insurrection est l’occasion de rendre publics les enjeux de fond, de faire voir les causes profondes du conflit. Il faut voir le mal à la racine.

Je crois profondément que l’État israélien a le droit d’exister, non pas sur la base d’une adhésion au sionisme, mais bien pour réparer un tant soit peu cette autre horreur infinie qu’est l’holocauste. Mais il faut aussi réparer les torts subis par le peuple palestinien. Or, puisque les États-Unis sont partisans d’Israël et qu’ils ne font rien pour stopper l’occupation de la Cisjordanie, mettre fin au blocus de Gaza et empêcher la colonisation du territoire, le Canada, la France, la Grande-Bretagne et les autres pays de l’Occident laissent aussi aller les choses. Et puisque la domination, l’occupation et la colonisation se poursuivent en silence et sans éclairage médiatique, on finit par tolérer l’intolérable.

Depuis des années maintenant, voyant les exactions commises sur une base quotidienne, je rapporte sur mon mur FB les horreurs de l’occupation, de la colonisation et de la domination. J’intitule ces partages « Vos nouvelles de Palestine » parce que les médias ne rapportent pas ce qui se passe.

On s’accommode fort bien de l’occupation, de la colonisation, du mur et du blocus de Gaza. Trudeau et Macron, par exemple, de même que Biden, bien entendu, n’ont rien à dire contre la destruction des maisons, les oliviers que l’on brûle, les maisons que l’on squatte, les civils qu’on expulse et qu’on jette à la rue. Ils s’accommodent fort bien des check points, de l’accès à la mer bloqué, des arrestations d’enfants et des meurtres d’adolescents. 

Ils ne sont jamais intervenus pour dénoncer la prison à ciel ouvert de Gaza mise en place il y a 18 ans, le rationnement de l’électricité ou l’eau qui est souillée. Ils ne critiquent jamais les ripostes disproportionnées d’Israël. Ils ne se plaignent pas de la violation par Israël du droit international et des résolutions du conseil de sécurité. Ils se disent favorables à la solution de deux États, mais on ne trouve pas les noms des États-Unis, du Canada et de la France dans la liste des 136 pays qui reconnaissent l’existence d’un État palestinien.

Biden, Trudeau et Macron gardent le silence sur les exactions quotidiennes, l’humiliation et la domination que l’État d’Israël fait subir au peuple palestinien.

Biden, Trudeau et Macron gardent le silence sur les exactions quotidiennes, l’humiliation et la domination que l’État d’Israël fait subir au peuple palestinien.

Lorsque cependant en désespoir de cause, le peuple palestinien a recours à la violence et exerce son droit à la légitime défense face à l’occupant, vous avez Biden, Trudeau et Macron qui dénoncent la violence du Hamas. Vous avez soudainement les médias qui rapportent les évènements et vous avez ces millions de gens qui, pour la première fois, réfléchissent à ce conflit et qui se disent que la violence ne peut être la solution.

Ainsi va l’injustice en ce bas monde.

Le peuple palestinien a lui aussi des droits nationaux collectifs et des droits individuels. Ce peuple a le droit à des institutions nationales. Il a le droit à l’autodétermination et le droit que les palestiniens soient traités comme des citoyens égaux. Même si on souscrit à la solution à un État, cet État devrait être une fédération multinationale pour que le peuple palestinien puisse jouir d’institutions qu’il aurait en propre.

Dans une entrevue accordée ces jours-ci à Democracy Now, l’israélien Ofer Cassif parvient à penser les causes profondes du conflit en plein conflit. Malgré les gestes insensés posés par le Hamas et qui ont entraîné la mort de son ami, il parvient à s’extirper du cercle infernal de la violence et à penser comment s’attaquer aux causes profondes qui ont mené le Hamas à poser des gestes d’une cruauté inhumaine. Il reconnait les droits nationaux et individuels du peuple palestinien.

Au lieu d’écouter cet appel d’Ofer Cassif, Netanyahu prend plaisir à montrer les bâtiments bombardés à Gaza. Le cercle infernal de la violence se perpétue. La voix de la raison n’est pas entendue. 

Pour tenter de faire sens de ce qui n’a pas de sens, il faut saisir l’occasion des horreurs vécues pour soulever les questions de fond et apporter des solutions. Celles-ci se trouvent dans les résolutions adoptées aux Nations unies et dans les négociations précédentes qui ont presque mené à une entente entre Ehud Barak et Yasser Arafat.

Est-ce que parler des enjeux de fond va à l’encontre d’une posture éthique?  Il faut, me semble-t-il, justement pour des raisons éthiques aller aux sources du problème posé par le désastre actuel. Le contraire d’une réaction éthique est celle viscérale, émotive, fanatique et d’une violence inouïe de Nikki Haley qui scande « Finish them ».  

On ne peut plus se draper dans une victimisation face à des criminels terroristes. Il y a des crimes et des terroristes des deux côtés, l’État d’Israël étant un État terroriste. Mais les causes profondes pointent dans la même direction. Israël doit se retirer des territoires occupés, respecter les frontières de 1967 et mettre fin au blocus de Gaza. Il doit reconnaitre Jérusalem Est comme capitale de la Palestine, préserver l’accès au mont du temple et accepter le retour des réfugiés.