Encore la russophobie

Le Devoir rapporte que, Evgueni Prigogine, décrit comme homme de main du Kremlin, a « avoué » que la Russie est intervenue dans le processus électoral américain. (https://www.ledevoir.com/monde/europe/769971/russie-evgueni-prigojine-l-homme-de-main-du-kremlin)

Richard Hétu de La Presse a lui aussi a sauté sur l’occasion pour faire de cette déclaration la « citation russe du jour » :

C’est dire à quel point la russophobie se cherche toutes les bouées de sauvetage imaginables et possibles pour se justifier. Ray McGovern, expert sur les ramifications nombreuses du Russiagate, laisse pour sa part entendre (dans une entrevue accordée à Grayzone) https://www.youtube.com/watch?v=Vb7ueg2R5cw&ab_channel=TheGrayzone,

que les Russes (de même que Wikileaks d’ailleurs) ont pris connaissance à partir d’une source américaine des courriels impliquant les manœuvres de Hilary Clinton avec Goldman Sachs et de ceux du DNC visant à favoriser la candidature de Clinton contre Sanders en 2016. Les Russes ont alors contacté Barack Obama pour leur dire ce qu’ils venaient d’apprendre. Or, le jour même, la rumeur d’une intervention russe dans le processus électoral prenait son envol.

Le Russiagate part de là. Clinton a -t-elle négocié des contrats lucratifs avec Goldman Sachs? Le DNC est-il intervenu dans les primaires en refilant les questions à Clinton pour l’avantager contre Sanders dans un débat ? Aux yeux des russophobes, cela n’est pas l’enjeu. L’enjeu, c’est l’intervention russe dans le processus électoral américain.

Dans un exposé vidéo posté en octobre 2022, j’ai énuméré la longue liste des mensonges proférés pour impliquer les Russes (le Russiagate) en croyant bien naïvement que cela allait calmer les ardeurs américaines de la russophobie. Quelle illusion ! Je les rappelle ici:

1.- Des avocats de Hilary ont admis en cour qu’elle a approuvé de faire circuler l’idée fausse que Trump aurait fait affaire avec une banque russe (Alfa Bank)

2.-Nous savions déjà que Robert Mueller, le juge chargé d’instruire l’enquête au sujet de l’implication russe dans le processus électoral américain, n’a rien trouvé d’incriminant prouvant le piratage russe des emails du DNC. 

3.- L’entreprise Crowdstrike qui a émis cette hypothèse a admis au Congrès qu’elle n’avait aucune preuve à cet effet. 

4.- L’histoire au sujet de Trump et de deux prostituées (« le peegate » ) était aussi une fausse nouvelle impliquant Trump et des prostituées dans un hôtel russe.

5.- Roger Stone fut emprisonné pour avoir fourni de fausses informations concernant les liens entre Wikileaks et Trump. 

6.- L’histoire de Paul Manafort allant rencontrer Julian Assange à l’ambassade de l’Équateur s’est elle aussi avérée complètement fausse. Le château de cartes mensonger s’écroule complètement sans que les journaux mainstream n’en fassent état. 

7.- Lorsque le New York Post a révélé les transactions de Hunter Biden en Ukraine et en Chine, on a prétendu que c’était de la désinformation russe. Tous admettent maintenant que le portable découvert était bien le sien et que le reportage du Post disait la vérité. 

L’article du Devoir, cité plus haut, issu de France Presse, n’apporte rien de concret et rien de nouveau. Ce n’est pas surprenant parce que le procureur Muller n’a rien trouvé d’incriminant après deux ans d’enquête mobilisant une quantité industrielle de ressources.

Le vague du propos tenu dans l’article cité, l’absence de preuves qu’il contient, la longue liste de médias mensonges bricolés depuis des années et les intrusions réelles et documentées des États-Unis dans des dizaines de pays, y compris en Ukraine avant, pendant et depuis 2014, tout cela ne fait tout simplement pas le poids contre la machine médiatique des médias mainstream. Depuis 6 ans, la seule chose qui compte, c’est la Russie qui ose intervenir dans le processus électoral américain. C’est je suppose, et pour rester poli, l’exemple parfait de ce que l’on appelle communément une « idée fixe ».

Oui, la Russie s’est immiscée dans le processus électoral américain. Elle a transmis à l’attention du président l’information obtenue de source américaine concernant les manoeuvres douteuses d’Hillary et du DNC. C’est à partir de là qu’on a tenté d’en faire tout un plat. Sur le plan médiatique, le Russiagate aura pendant un certain temps fonctionné. Il est toutefois déplorable de constater que, six ans plus tard, en 2022, certains analystes se font encore prendre au jeu et n’y voient que du feu.