Il faut un cours ECR

On rapporte dans La Presse qu’une école a voulu embaucher le prédicateur Adil Charkaoui comme enseignant, alors que la loi 21 interdit à une femme diplômée d’enseigner si elle porte le foulard.

Ce que cette histoire démontre, c’est qu’il ne faut pas se fier aux apparences en matière de religion. Et pour faire la différence entre les apparences et la réalité en ces matières, il faut un cours ECR.

Il faut un tel cours pour distinguer la foi, l’athéisme et l’agnosticisme.

Il faut aussi ce cours pour distinguer la foi qui est un sentiment profond engageant l’être entier et la croyance intellectuelle portant sur des énoncés ayant une portée religieuse. L’un ne va pas sans l’autre, mais l’un doit être distingué de l’autre.

Il faut distinguer la foi et les pratiques, puis les pratiques individuelles et celles qui sont collectives.

Un tel cours est nécessaire pour comprendre qu’historiquement, les religions ont été sexistes et homophobes et que c’est encore trop souvent le cas aujourd’hui.

Un tel cours est compatible avec des cours de science naturelle qui admettent une perspective darwinienne. La foi religieuse est donc peut-être compatible avec la science. Du moins est-ce une position possible, alors que d’autres pensent que non.

Un cours ECR permet de soulever ces questions.

Il faut accorder une place à l’athée qui déconstruit les raisonnements à la base de la croyance religieuse et qui les rejettent avec vigueur.

Dénoncer l’intolérance religieuse, c’est aussi dénoncer les religions lorsqu’elles sont intolérantes à l’égard des autres religions. On peut penser que la religion chrétienne est supérieure aux autres comme GWF Hegel ou René Girard, et malgré tout tolérer, comprendre et accepter l’existence des autres religions.

On peut rejeter en bloc la religion comme étant un mode de pensée archaïque qui se maintient à l’aide de biais cognitifs, et ce sans tomber dans l’intolérance. De la même manière, on peut rejeter en bloc le réductionnisme scientifique comme étant une nouvelle religion qui se maintient à l’aide de biais cognitifs, et ce sans tomber dans l’intolérance.

La bonne approche en matière de religion doit être ouverte à la discussion. Elle devrait donc être ouverte à un cours ECR, car c’est un premier lieu de discussion. D’ailleurs, si tous étaient formés par un cours ECR, ils ne seraient pas susceptibles lorsqu’il est question de tolérer la religion, car un tel cours réclame de tolérer aussi l’athéisme, parce qu’il existe aussi de bons arguments en faveur de cette option.

On a plus que jamais besoin d’un cours ECR. Les traumatisés de l’église catholique, les citoyens victimes d’un pays d’origine pratiquant l’obscurantisme et les athées qui ont une foi religieuse dogmatique en faveur de la science ne doivent pas avoir le fin mot en matière d’éthique et de culture des religions. Leur posture critique à l’égard de la religion est parfaitement respectable, mais ils doivent parfaire leur posture éthique, tout comme les ayatollahs fanatiques formés par des doctrines sectaires doivent aussi le faire.

L’objectif central d’un cours ECR est de se frayer un chemin entre la religion intolérante et l’intolérance à l’égard de la religion.