J’interviens depuis des années sur le thème de la liberté académique. J’y avais fait une première fois allusion dans mon livre Une idée de l’université en 2013 en rapport avec la loi 78. J’y suis revenu avec insistance lors des états généraux sur l’éducation supérieure. J’ai écrit un long article sur le sujet dans la revue L’inconvénient en 2019. J’ai fait partie d’un groupe de réflexion au sein de la FQPPU.
À chaque fois, j’ai martelé l’importance de se rapporter à la définition proposée par l’UNESCO en 1997. Cette définition va bien au-delà du droit qu’ont les membres de la communauté universitaire de d’enseigner et de faire de la recherche dans leur domaine d’expertise. Ils ont aussi le droit de participer aux orientations fondamentales de l’université et de critiquer le personnel administratif en soulevant des enjeux liés à la gestion de l’université. Ce droit de critique va de pair avec le principe d’une gestion collégiale. Les directions universitaires ne sont pas des directions patronales. Le devoir de loyauté des membres de la communautés universitaires est à l’égard de l’institution et non de la direction.
Dans le mémoire que j’ai déposé à la Commission Cloutier sur la liberté académique, je suis revenu encore sur le sujet et ai dénoncé l’instrumentalisation que les directions universitaires risquaient de faire des valeurs fondamentales d’équité, de diversité et d’inclusion pour asseoir leur autorité sur le corps professoral, les chargé.e.s de cours et les étudiant.e.s.
Il faut savoir que les directions universitaires sont explicitement engagées dans la défense d’une version réductrice de la liberté académique depuis 2011. Leur texte à cet égard avait été dénoncé par l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université. L’université de Montréal était revenue à la charge avec le projet de loi privé 234 qui visait à soumettre le comité de discipline à l’autorité du Conseil de l’Université avec l’espoir de produire un effet refroidissant sur la communauté universitaire. Je m’étais rendu avec plusieurs autres à l’assemblée nationale pour dénoncer cette attaque frontale à la liberté académique.
Le collègue Louis-Philippe Lampron a récemment montré comment la liberté académique est définie dans le projet de loi 34 de manière à la soumettre au devoir de loyauté à l’égard des directions universitaires. Un droit à la critique des institutions est reconnu, mais sans préciser que parmi celles-ci, il y a les institutions universitaires et le personnel administratif qui s’y trouve. Les directions universitaires sont sans doute intervenues en catimini pour infléchir le projet de loi dans un sens qui va à l’encontre des recommandations de la Commission Cloutier, de la FQPPU et de l’UNESCO.
Le principe du devoir de loyauté va à l’encontre du principe de collégialité puisqu’il interdit la critique des directions universitaires. Il procède d’une vision entrepreneuriale de l’université qui confond les directions avec des patrons.